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Le moulin de l’Aulnaie au fil des âges

 

Au XI  siècle, un moulin existe déjà à Fontaine sous Jouy. Le
dictionnaire historique de toutes les communes du Département de
l’Eure réalisé par M. CHARPILLON (1868), précise :

«  … Vers 1067, Raoul de Tosny et Godechilde sa mère, veuve de Roger,
donnèrent à l’abbaye de Conches, un moulin, le fief du prêtre
Lancelin et le fief Odelin le Scolastique, le tout situé à Fontaine
sous Jouy (1).

Quelques années après, Raoul de Conches donnait à Jumiéges l’emplacement
d’un moulin, avec deux perches d’eau, plus une acre de terre ;
en échange les moines donnèrent leurs prières, un cheval et 20 sous.

(1) Le Pape Grégoire, dans sa bulle de 1234, en faveur de l’abbaye de
Conches, leur confirma ces possessions. »

Il s’agit très vraisemblablement d’un moulin construit à
l’emplacement du moulin actuel. En effet, la commune de Fontaine
sous Jouy ne compte qu’un seul moulin. L’importance des travaux
hydrauliques nécessaires à l’établissement d’un tel ouvrage
rend peu probable son déplacement au fil des siècles. De plus, la
technique de construction des moulins au XI siècle était
rudimentaire. Le moulin devait donc être bâti sur une petite
rivière, telle que le ruisseau du Rosey et non sur l’Eure.

Au  XVIII siècle, Louis XV commande à Cassini le levé d’une carte
générale du royaume. Le moulin « de Launay » est
présent sur cette carte.

En 1788, le moulin de Fontaine sous Jouy tourne tout l’hiver malgré
le gel qui bloque les autres moulins. Il contribue ainsi à
l’alimentation de la population de la Ville d’Evreux où plus
aucun moulin à eau ne peut moudre.

D’après Nicolas Rogues, souvenirs et journal d’un bourgeois d’Evreux 1740
– 1830 :

«  Ce fut le 22 novembre 1788 que l’hiver commença sa rigueur et qu’il
tomba des neiges. Le 10 décembre suivant, le froid se faisant sentir
de plus en plus, les rivières furent entièrement gelées le 8
décembre, à tel point, que les moulins ne pouvoient moudre qu’avec
beaucoup de peine. Comme la gelée augmentoit toujours, les officiers
municipaux firent apporter une certaine quantité de farine, que
l’on déposa dans le corps de garde, et qui y fut mise en réserve
jusqu’au mois de mars suivant de crainte que les moulins ne
puissent plus marcher du tout, comme cela arriva ; mais les
boulangers firent moudre leurs blés à des moulins à vent ou aux
moulins qui vont par les sources, comme celui de Fontaine-sous-Jouy,
ce qui permit de se passer de ces farines pendant tout l’hiver.

La veille de Noël, le temps parut vouloir devenir un peu plus doux ;
mais le lendemain, la gelée reprit avec sa même force, et il tomba
souvent de la neige. Ce fâcheux temps alla toujours de pire en pire
jusqu’au13 janvier 1789, que le dégel vint. »

Au XIX siècle, le moulin appartient aux héritiers Colombe. Le
Service hydraulique des ponts et chaussées procède à
l’établissent de différents rapports hydrauliques et règlement
d’eau. Ces documents sont aujourd’hui conservés à la Direction
Départementale de l’Equipement ainsi qu’aux archives
départementales de l’Eure.

Vers 1860, le moulin est restauré, le vannage est refait. Le mécanisme
date de cette époque. Le 14 septembre 1863, les services du
« ministère de l’Agriculture du commerce et des travaux
publics » établissement le règlement d’eau, procès-verbal
de récolement.

Au XX siècle, soucieuse d’accroître ses réserves
d’approvisionnement en eau, la Ville de Paris achète en 1900, les
sources du Rosey et ainsi que les moulins de l’Aulnaie et la Côte.
Les moulins sont alors arrêtés.

En 1998, E. et F. LAMBLARDY achètent le moulin et entament sa
restauration.

Au XXI siècle, conscientes de l’intérêt patrimoniale du moulin, La
Communauté d’Agglomération des Portes de l’Eure et la Commune
de Fontaine sous Jouy participent au financement de la réfection du
vannage. Le plan d’eau du moulin est remis en eau en septembre
2004.